Je suis allée avec un ami sur l'ile Ste-Hélène en métro.
J'ai déjà fait parvenir ce témoignage au Devoir. On m'a arrêtée en vertu de l'article 31 et détenue pendant 4 heures. Voici le récit de la journée:
je suis allée avec un ami sur l'ile Ste-Hélène en métro. Arrivé par Berri-Uqam on a bien vu qu'il y avait beaucoup de police mais on se disait à cause de la F1 c'était normal... on voulait aller faire un pic nic près de la place de la fontaine ou encore aller à la Ronde on n'était pas encore décidé... il faisait tellement beau on se demandait si à cause de la F1 il y aurait beaucoup de monde à la Ronde... On était en train de penser à ce qu'on allait faire quand j'ai vu un groupe de jeunes qui portaient le carré rouge assis dans les marches près de la fontaine face à la sortie du métro... Je me suis penchée pour poser la question s'il y avait une manifestation de prévu sur place... j'avais entendu dire qu'il y avait quelque chose dans le métro de prévu un peu plus tôt mais je n'ai rien vu... alors je me demandais s'il y avait quelque chose d'autre de prévu.
Un policer à vélo s'est arrêté en arrière de moi me faisant presque tombé face première en bas des marche et il dit au groupe qu'ils sont soupçonnés de vouloir faire du grabuge...
J'essaie d'expliquer au policier que je posais une question à la jeune fille et que je ne les connaissais pas mais il n'a rien voulu entendre... un autre policier nous demande nos pièces d'identités ainsi que de fouiller nos sacs... Je donne mon permis de conduire et j'ouvre mon sac à main et mon sac à pic-nic. De toute évidence je n'ai rien qui dit que je suis là pour faire du trouble... mais comme je me trouvais à proximité du groupe et que je m'adressais à eux j'étais supposément avec eux.
On nous entoure je demande si je peux aller à l'ombre on me répond que je n'étais pas à l'ombre quand on m'a interpellé et que j'allais rester là où j'étais. On attend un policier nous dit qu'on va se faire poser des questions et qu'ils vont nous escorter jusqu'au métro... on n'a pas spécifié qu'on serait menotté et retenu pendant plusieurs heures dans une chaleur accablante et qu'on serait relâché beaucoup plus tard...
On finit par se faire escorté du point où on s'est fait interpellé jusqu'à une place près de la biosphère... on nous met à l'ombre on nous menotte et on attend. Ils viennent nous chercher un à un... mon ami se fait amener je spécifie que je suis avec lui mais on me dit qu'on va tous y passer... il ne reste que 3 personnes avec moi et je vois le bus partir... je commence à paniquer un peu et on me dit qu'il amène le bus un peu plus loin et qu'on va aller le rejoindre à pied..??
On marche vers la piscine et on attend le bus... on attend, un bus arrive, il est vide... panique un peu plus... il mette le bus à l'ombre et on fini par nous embarquer les 4 dans le bus. Dans le bus il fait chaud il n'y a pas l'air climatisée...Après plusieurs heures je commence à avoir les yeux qui piquent (allergies) on me donne de mes benadryl que j'ai dans mon sac. Je leur spécifie que j'ai aussi des antibioiques. On ne fait que me demander à quelle heure je dois les prendre... je leur dis 20H. Je fais une infection urinaire que je leur dis, mais je pense qu'ils ne comprennent pas. Il y a un gars à côté de moi qui demande s'il peut aller à la toilette on lui répond que non. Avec ma condition le médecin et le pharmacien m'ont spécifié que je dois boire beaucoup d'eau et que je dois aller souvent au toilette... je me trouve dans un dillemme demander de boire de l'eau et pas pouvoir aller au toilette ou pas boire et pas savoir trop ce qu'il va se passer... j'ai demander de boire un peu d'eau ... mais il était déjà trop tard j'étais déjà trop avancé dans ma deshydratation... survient mal de coeur et étourdissements.
Je dis que je vais être malade, on me sort du bus, je vomi ce qu'il me reste de mon déjeuner que j'ai pris 5 heures plus tôt... je vomis 4 fois... c'est après la 2 e fois qu'on décide de m'enlever les menottes avec un couteau parce qu'ils n'ont pas les pinces coupantes pour les enlever, ca fait extrêmement mal.
On finit par appeler l'ambulance... je continue à vomir le peu que j'ai dans le corps. Je suis toujours étourdie. L'ambulance finit par arriver plus de trente minutes plus tard. Je m'assois sur la civière on arrive pour partir l'ambulancier demande aux policiers si je suis toujours en état d'arrestation, un policier répond que j'allait être relâché. On m'embarque dans l'ambulance... je leur dis que je ne veux pas vraiment aller à l'hôpital que c'est surement juste un gros coup de chaleur et une déshydratation extrême... un des ambulancier me dit que j'ai 2 choix soit l'hôpital ou la prison et que l'hôpital c'est une passe droit pour que je sois libre vu ma condition... je panique un peu malgré le fait que le policier vient de dire que je serais llibérée... alors en route pour le General hospital...
Au bout de quelques heures ils ont trouvé que j'avais souffert de deshydratation et que j'avais surement eu un bon coup de chaleur... Merci au SPVM de nous avoir garder pendant plusieurs heures alors que nous n'avions rien fait...
Chronologie des évènements.
10:40 Arrivée à l'ile Ste-Hélène par le métro
11:00 Interpellé par la police
11:30 déplacement vers la biosphère, menotté par la suite
12:30 environ le premier bus est parti, déplacement vers la piscine
13:00 arrivée d'un autre bus
13:15 on nous fait monter dans le bus
13:45 début de mes allergies on me donne mes benadryl avec un peu d'eau
14:20 environ je suis malade après avoir été malade 2 fois on m'enlève les menottes
14:50 l'ambulance arrive on m'amène au general hospital
15:10 Arrivée au general hospital.
Je ne sais pas ce que vous pouvez faire pour moi mais j'ai été victime de profilage... j'ai l'air jeune et j'ai le malheur d'avoir les cheveux rouge... je ne portais pas de carré rouge.
Autres témoignages d'abus policiers
Vous avez été victime d’un abus policier ?
Un flic refuse de s'identifier
Aucune collaboration mais j'ai trouvé plusieurs agents Urbain dans la liste des noms du SSPVM diffusé sur le web...
Journée de marde (15 mars 2013)
salut comme dit la journée pour moi a était pourri par le spvm de Montréal je marche tranquille sur le coté piéton qui borde la rue la deux policier du spvm est venu me voir et mon dit de degager la voie pour que les chevaux avancent moi je me déplace pas car il y avait de la place largement pour les chevaux alors ils me prennent et me plaque par terre comme une merde moi je commence a me debatre car j'ai rien fait mais mon destin a fait que je me fasse traité comme de la marde voila comme on est traté comme de joieu siviles
Témoignage du 5 avril 2013 et appel à tous
Appel à tous! Je cherche à entrer en contact avec la dame qui a été brutalisée par les policiers du SPVM au coin des rue Maisonneuve et Saint-Hubert (trottoir sud-est) à 21h00 le vendredi 5 avril 2013. Elle est âgée d’environ 40 à 50 ans et est grande d’environ 5 pieds. Cette femme venait de sortir de la souricière dans laquelle elle venait de passer environ 3h par un temps venteux et froid. Cette dame était accompagnée de son chien.
En sortant de la souricière, elle est venue nous montrer sa contravention de 637$ en clamant sarcastiquement qu’elle était une «femme dangereuse». Son «délit» était tamponné sur sa contravention : en vertu du règlement municipal P-6, elle a participé à une manifestation dont le trajet n’avait pas été divulgué au Service de police de la ville de Montréal.
C’est alors qu’elle nous a dit que nous «étions une belle génération». Je l’ai remercié. Elle était d’une gentillesse et d’une douceur désarmante, même après avoir été maltraitée pendant un peu moins de trois heures à l’intérieur de la souricière. Elle semblait rentrer chez elle, en promenant son chien en laisse, alors qu’une colonne d’environ une demi-douzaine de policiers venait en sens inverse.
Par bravoure et par dérision, elle braquait sa contravention dans les airs en clamant sarcastiquement, encore une fois, qu’elle était «une femme dangereuse». Elle venait de passer au moins la moitié de la colonne de policier, c’est alors qu’un léger contact a eu lieu entre elle et un policier. Les trois derniers policiers de la colonne ont sauté sur la dame avec une violence inouïe. L’une d’eux a proclamée qu’il s’agissait là d’un «voie de fait contre un agent de la paix», ou une ineptie illogique de la sorte.
Ils ont projeté la dame au mur.
Pourquoi y a-t-il eu contact, aussi léger soit-il? Il y a un poteau en plein milieu du trottoir, à la gauche de la dame. Elle avait la colonne de policiers juste à sa droite. Impossible de ne pas voir là que les policiers auraient pu simplement faire un tout petit peu de place pour laisser la dame passer, ignorer ses clameurs, garder leur sang-froid et ne pas provoquer une escalade de violence complètement inutile.
J’ai crié : «NON! NON! NE FAITES PAS ÇA!» et les trois policiers ont tourné la tête en ma direction pour me regarder un quart de seconde. Juste assez, j’espère pour qu’ils ne se mettent pas à battre la dame. Un autre policier m’a évidemment sommé de m’en aller. Comme d’habitude, ils ne veulent pas de témoins.
C’est à ce moment que j’ai remarqué une autre dame, âgée d’environ 60 ans, qui était arrêtée juste à côté de la scène et qui, sous le choc, avait les deux yeux grands ouverts. Un policier lui donnait l’ordre de circuler, de quitter, mais elle restait muette,béate et immobile devant une telle horreur de la dérive des policiers.
Je criais : «C’EST N’IMPORTE QUOI!», je n’arrivais pas à formuler ma penser, le choc de l’absurdité de la situation était d’une puissance telle qu’elle m’a fait perdre ma raison. L’adrénaline me transperçait les pores de ma peau. Le policier continuait de sommer la dame de 60 ans de quitter. J’ai crié à la dame : «ILS VEULENT QUE VOUS IGNORIEZ LEUR ABUS! ILS VEULENT QUE VOUS FERMIEZ VOS YEUX DEVANT LEUR VIOLENCE!».
Pris de panique et d’une nausée que je n’avais jamais connue auparavant, je pleurais et j’avais envie de vomir. J’étais maintenant seul, séparé du groupe de l’ASSÉ qui était venu porter du café et des beignes aux arrêtés que j’avais croisé et suivi. J’ai décidé d’appeler ma copine et de lui raconter ce que je venais de vivre. Elle n’en croyait évidemment pas ses oreilles.
Cette dame avec le chien, elle a peut-être passée la nuit en prison. Pendant ce temps, j’avais le profond regret de ne pas pu avoir fait plus. Prendre en note les numéros de matricules dans ce genre de situation est presque impossible. Le rush d’adrénaline nous transforme en animal écervelé qui déclenche l’instinct de survie primitif. Les policiers, dans ce genre de situation, ont le beau jeu de repousser tous les témoins, sait-on jamais si un de ces témoins venait contredire la version «officielle» des policiers.
Voie de fait sur un agent de la paix? Le comble du ridicule. Cette dame s’en allait tranquillement chez elle après s’être fait remettre une contravention qui est surement illégitime aux yeux de la charte des droits et libertés. Le véritable crime, ce sont les trois policiers qui ont rudoyés la dame, l’ont projetés violemment contre le mur, l’ont peut-être blessée et laissée dans la douleur dans une cellule pour la nuit, ou pire, toute la fin de semaine.
Le véritable criminel, c’est la police.
Je suis prêt à témoigner contre ces policiers si on les retrouve. Je suis prêt à prendre la défense de cette dame qui n’a jamais mérité d’être traitée de la sorte, voir torturée. Ces policiers ont abusé de la force. Ces policiers ont abusé de leur pouvoir. Ces policiers sont des criminels et doivent répondre de leurs agissements. L’impunité doit cesser.
Aidez-moi à entrer en contact avec cette dame.
Merci beaucoup,
Philippe Gagnier
Toi ! On va se revoir dans une ruelle bientôt !
Écrit avec mes mains froides, engourdies, douloureuses et presque plus de sensation dans les pouces, 3 jours après le traitement que le SPVM m’a réservé, dont la coupure de la circulation du sang dans mes mains pendant plus de 2 heures malgré mes demandes répétées de changer mon "tie wrap" à plus de 30 policiers. Le matricule 5858 a fait une prise avec mes mains, me faisant hurler de douleur à plusieurs reprises alors que Marc St-Cyr, chef de la police du PDQ 20, était à une dizaine de mètre de là. Il entendait. Il voyait. Il n'est pas intervenu.
Écrit à l'aide de notes prises quelques heures après ma remise en liberté et certains vidéos de mon arrestation.
Merci de lire et de partager, à tous mes camarades du fourgon, à tous ceux qui prennent la rue, à tous ceux qui rapportent ces événements et à tous ceux qui me supportent.
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En repensant à la manifestation contre la brutalité policière de 2012, je me souviens d’un journaliste qui était équipé comme un reporter de guerre : veste par balle, casque en métal, etc. Effectivement, il n’avait pas tort d’être ainsi, car lorsque la police a décidé de charger les manifestants et d’utiliser leurs grenades, on se sentait vraiment au milieu d’une guerre. Non, pas une guerre. Une attaque, illégitime. Quand d’un côté tu as des policiers habillés comme s’il partait pour la guerre en Irak et que de l’autre côté tu as des citoyens non-armés, c’est une attaque, injustifiée, cruelle, aucunement valable, excessive, bref, la liste des adjectifs peut être longue.
Je donc décidai de me protéger pour couvrir la manifestation : plastron et épaulettes, jambières et « jackstrap » tout droit sorti de mon équipement de hockey. À cela j’ajoute les lunettes de ski (dois-je vous rappeler qu’un étudiant a perdu un œil le 07 mars 2012, et j’étais présent; une de mes photographies a été publiée en page 03 du Journal Métro édition du 08 mars 2012), masque à poussière trempé dans du jus de citron à l’intérieur d’un sac hermétique dans une poche de mon manteau, au cas où je fais face à des gaz. Je veux être protégé pour être le plus près du « feu de l’action » et rapporter la brutalité policière. C’est également pratique quand la police décide de te matraquer pour aucune raison valable après la manifestation lorsque tu es sur le chemin de retour vers ton chez-soi…ça m’est arrivé le 15 mars 2012. Mais j’ai eu plus de chance que ceux qui marchaient à mes côtés. Eux, ils ont aussi goûté au poivre. 15 policiers, nous étions 5. Moi je pèse 140 lbs, un policier avec son équipement lui fait combien d’après vous?
Alors cette année, j’étais mieux équipé. Mieux équipé pour manger les coups (le 07 mars 2012, j’ai reçu des coups de bouclier et des menaces de « péter ma caméra ») et mieux équipé pour filmer les crimes des agents du SPVM. Aussi, une banane, une orange et une bouteille d’eau pour un peu d’énergie plus tard en soirée. Sans oublier un linge à vaisselle pour essuyer les lentilles et boitiers des caméras.
Malheureusement, arrivé sur place entre 17h00 et 17h05, je me fais interpeller par une dizaine de policiers alors que je passe devant eux. On m’accuse alors de porter des lunettes de ski. J’explique que je suis présent en tant que média et le fait que j’ai une caméra 1 pied au-dessus de ma tête ainsi qu’une autre dans mes mains me semble plutôt évident. Mais c’est inutile, ils ridiculisent le fait que je sois un média citoyen et me mettent les mains derrière le dos et les attachent avec un énorme "tie wrap". Je continue de leur expliquer que je suis un média citoyen et qu’il n’y a pas lieu de m’arrêter mais ils resserrent alors mon "tie wrap", encore plus lorsqu’ils découvrent que j’ai de la protection en dessous de mon manteau, rendant ma situation très douloureuse.
Je décide alors de m’exprimer à haute voix en répétant sans arrêt : « Le "tie wrap" est douloureux. Je demande à ce qu’il soit remplacé. Je n’ai commis aucun crime. Je ne suis pas dangereux. Je suis venu en tant que média.». L’attention des gens se tournent alors vers moi. Je sais qu’au moins une caméra d’un média de masse (Radio-Canada) m’a filmé, ainsi qu’un média d’un réseau anglophone, mais je ne me rappelle plus lequel. Des citoyens ont aussi filmés. Je suis situé alors au coin des rues Ontario et Clark. Lorsqu’ils ont constaté que j’attirais l’attention, ils m’ont transporté à un fourgon situé une rue plus bas. Ma caméra GoPro est alors toujours sur mon casque et filme au moins depuis le début de mon arrestation.
Arrivé derrière le fourgon, je demande à nouveau à plusieurs reprises à ce qu’on me desserre le "tie wrap" à plusieurs reprises à très haute voix car c’est très douloureux et je mentionne également que je n’ai pas commis de crime et que je suis venu en tant que média. C’est alors que le matricule 5858 resserre le "tie wrap" à nouveau et applique une prise difficile à décrire avec mes pouces mais qui est atrocement douloureuse. Je me mets à hurler de douleur. Les policiers se regroupent autour de moi pour bloquer le plus possible la vue de l’extérieur. Le caméraman qui filme la scène est alors dérangé afin que la vue et le son lui soit bloquée. Heureusement, mes cris sont perceptibles. De plus, Marc St-Cyr, chef de la police du PDQ 20, est alors à une dizaine de mètres de moi et regarde dans ma direction alors que je hurle de douleur. Il n’intervient pas et s’en va plus loin.
On m’enlève mon casque, on me fouille et j’explique que je suis là en tant que média. Un homme arrive alors à mes côtés et me demande pour quel média je travaille. Je lui dis que je suis un média citoyen. Il me demande alors pour lequel. Je lui mentionne que je le fais en mon propre nom. Il s’exclame alors : « Pffffffffffffff…. » et repart aussitôt.
Les policiers en me fouillant découvrent mon plastron, jambière et « jackstrap ». Il baisse alors mes pantalons à mes genoux et me laissent ainsi. Je regarde à mes pieds et je remarque soudainement qu’un policier, de son énorme botte noire, est sur le point de m’écraser le pied gauche. Je déplace mon pied, il essaie de nouveau de m’écraser le pied, je le regarde dans les yeux et l’avertit qu’il n’a pas le droit de faire ça. Il s’éloigne. Un autre policier s’approche et me dit d’un ton menaçant : « C’est avec moi que tu vas passer la soirée. On va avoir du fun. »
On m’envoie ensuite dans le fourgon. Soudainement arrive une jeune femme saignant beaucoup près de l’œil ainsi qu’à l’un de ses genoux. J’entends dire qu’elle aurait été projetée par terre par les policiers.
Nous continuons d’attendre parce que les policiers veulent remplir le fourgon avant de partir et mes mains me font atrocement mal. Je demande à plusieurs reprises, et ce à plusieurs policiers, le tout en montrant mes mains, de remplacer mon "tie wrap" parce que je n’ai plus de circulation dans les mains depuis un bon moment. Ils ont tous tourné au ridicule et/ou minimiser ma situation et certains ont même démontré du plaisir à me voir souffrir.
Après un certain temps, le fourgon est rempli, nous sommes approximativement une dizaine. Destination, aucune idée à ce moment (finalement nous avons été transporté dans un bâtiment près du coin de l’Avenue Christophe Colomb et du Boulevard Métropolitain). Durant le transport, ils mettent la radio. On entend Paul Arcand en entrevue avec une personne dont je ne me souviens plus le nom. Le deux policiers à l’avant se félicitent du nombre de manifestants arrêtés mentionné à la radio et parlent à quel point ils sont satisfaits des arguments donnés pour camoufler la réalité.
Arrivés à destination, nous attendons encore longtemps. Je mentionne à nouveau à plusieurs reprises, en montrant mes mains aux policiers et en leur mentionnant que je n’ai plus de circulation dans les mains, que c’est très douloureux et que je demande à ce qu’il soit remplacé. De plus, je leur mentionne qu’ils seront tenus responsables des conséquences en cas de refus. La plupart accepte la responsabilité tout en refusant d’opérer. Il y en a au moins un qui s’amuse de ma situation.
Je ne me souviens plus à quel moment, mais ils finissent par sortir la jeune femme qu’ils ont blessé pour l’amener à l’hôpital.
Lorsque nous sommes plus que 5 dans le fourgon, ils décident de tous nous en faire sortir et nous demande de nous agenouiller le long d’un mur. Peu de temps après, 3 hommes viennent pour m’enlever mon tie-wrap avec une paire de pince. Lorsque je présente mes mains à ces hommes, ils s’exclament : « Holy shit! Comment veux-tu qu’on enlève ça!?! ». Ils coupent alors la section qui relie mes deux mains. Je peux alors voir mes mains. La peau de mes poignets est toute pliée, la couleur est affreuse. Il n’y a aucune place entre le plastique et ma peau, et le tie-wrap compresse fortement mes poignets. Ils doivent appuyer avec la pince sur mon poignet pour tenter d’avoir un peu d’espace pour couper. La douleur est atroce. Je hurle. On me libère enfin la main droite. Qu’elle délivrance mais quel supplice en même temps! Je suis plié. Je tends l’autre main, on me la libère. J’estime à 2h30 la durée du manque de circulation sanguine dans mes mains.
Un peu plus loin, dans le garage, on me demande d’identifier quel sac contient mes objets personnels. Je l’identifie. On me demande si tout est là. Je ne peux ni confirmer ni infirmer car je ne peux pas tout voir (mes cartes mémoires sont-elles encore dans mes appareils, etc.) et on ne me donne pas l’autorisation de toucher quoi que ce soit. On me prend ensuite en photographie. Face. Droite. Derrière.
On m’amène ensuite à un comptoir où on me fouille à nouveau et je perds mes camarades de vue; ils étaient encore à genoux dos au mur. Une femme me pose des questions sur mon identité. Je donne mon nom et coordonnées. Lorsqu’ils s’aperçoivent de l’équipement de protection que je porte, ils font plusieurs allusions au pourquoi de ma présence à la manifestation. Je mentionne que j’étais là en tant que média citoyen. Ils en rient. Puis, ils font des remarques menaçantes concernant le traitement qu’ils vont me réserver. Des menaces physiques et à connotation sexuelles. Je suis choqué, étonné, comment peuvent-ils agir ainsi?!
Une autre femme fouille mes objets. Elles démontent mes caméras et sortent les cartes mémoires. Ils trouvent aussi mon cellulaire. Un policier demande à une autre femme derrière le comptoir s’il a l’autorisation d’accéder à mon cellulaire et à mes cartes mémoires. Elle ne répond pas mais lui fait un sourire et un clin d’œil. On me montre un petit tas d’argent (environ 15$) et me demande si c’est tout l’argent que j’ai. Je lui réponds que je ne sais pas et au même moment, un policier échappe au sol, de mon pantalon qu’il tient dans les mains, pour environ 10$ de petite monnaie au sol. Je mentionne alors que s’il ne perd pas tout mon argent, je risque peut-être de le récupérer. Commentaire non apprécié.
Il me demande ensuite d’enlever mes souliers, il commence à défaire les lacets de l’un, me tend l’autre et me dit d’enlever le lacet. Je refuse. Il me dit que si je ne le fais pas, il va couper le lacet avec une paire de ciseau. Je lui demande pourquoi. Il me répond qu’ils n’ont pas le temps de les enlever. Je refuse à nouveau et une femme derrière le comptoir prend mon soulier, me dit que si ça me cause problème, j’ai juste à faire une demande de remboursement de lacet à la Ville puis coupe mon lacet. C’est à ce moment que je pense : « Putin! Ça leur prend 30 secondes pour couper mon lacet. Ça en aurait pris 1 minute pour l’enlever. Mais ça a pris 2h30 pour qu’on enlève mon tie-wrap qui coupait la circulation sanguine à mes mains. Où est la logique? »
Je me retourne vers la policière qui me posait des questions sur mon identité car elle prend en note ce qu’il y a de présent comme objets personnels. Je lis ce qu’elle écrit pour m’assurer qu’il y a tout ce que j’avais. Il en manque. Puis je lui dis : « Tu sais, j’étais un étudiant modèle avant. ». Elle me répond : « Quoi, tu n’es plus modèle aujourd’hui? ». Je rétorque : « Non, je ne suis plus étudiant » et je lui fais ensuite remarquer une faute d’orthographe parmi la quantité d’incalculable de son rapport. Commentaires pas du tout appréciés. Les policiers se frustrent, et me disent : « Ok, c’est terminé pour toi! » et on m’envoi directement dans une cellule.
Je suis content de retrouver mes camarades du fourgon, tout comme eux sont contents de me retrouver. Nous prenons alors le temps d’avoir d’excellentes discussions, de se remonter le moral, d’accueillir les nouveaux arrivants en cellule, de les rassurer et de leur donner des conseils sur leur cas. L’ambiance est très bonne entre nous, malgré la frustration, la fatigue et la faim. J’ai beaucoup d’estime pour eux, ils démontrent beaucoup d’intelligence. Nous n’aurons aucune nourriture.
Lorsqu’on vient me libérer, vers 22h30, je demande alors aux policiers : « J’ai donc le droit de sortir? ». Ils me répondent : « Oui. ». Je rétorque : « Alors est-ce que je peux rester, et quand je voudrai sortir, je vous appellerai. ». La réponse est directe : « Non, et si tu refuses de sortir, c’est moi qui entre te chercher. » Je coopère.
On me donne ma contravention (637$, RRVM C.P-6, article 3.2) et un gros sac en plastique transparent avec mes effets personnels. Je demande à vérifier que tout y soit avant de partir. On m’y refuse. (Je constaterai plus tard qu’ils ont conservé la carte mémoire de 64Go de ma caméra GoPro qui avait filmé une partie de mon arrestation. 80$ dans le trou et du contenu vidéo que j’aimerais bien voir, tout comme vous.)
Je me permets de saluer le tas de policiers à la sortie en leur mentionnant à quel point je suis triste. Triste de les voir abaissés à faire un tel travail. Réaction explosive de leur part. Je pousse les portes vers ma liberté. Avant qu’elles ne se referment, le policier qui avait échappé pour 10$ de monnaie au sol m’interpelle. Lorsque je me retourne, il me lance : « Toi! On va se revoir dans une ruelle bientôt! ». Les portes se referment. Je suis stupéfait.
Un pistolet à 45 cm de ta face
"À un moment donné, les policiers ont fait circuler un groupe vers le nord sur la rue Sanguinet. Un agent du groupe d'intervention qui s'affairait à cette tâche a fait un saut en voyant une jeune femme qui marchait derrière lui. Dans une scène intense qui a duré quelques secondes, il a dégainé un pistolet servant à lancer une forte concentration de gaz CS contenue dans une cartouche et l'a pointé vers la femme, à une distance d'environ 45 cm.
«J'ai dit de circuler», a-t-il hurlé.
La jeune femme a été ébranlée par la scène. Le pistolet ressemble à une arme à feu. Et c'est qu'elle a cru.
«Je n'en reviens pas, c'est complètement disproportionné», a-t-elle lancé, les nerfs à vif."