Un policier a dégainé son arme parmi les manifestants

Un policier habillé en civil lors de la manifestation anti-austérité organisée vendredi soir au centre-ville de Montréal a bel et bien sorti son arme pour la pointer vers des manifestants, a confirmé lundi le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Les circonstances de l’événement doivent encore être élucidées, mais « une chose est claire », a affirmé le commandant du SPVM Ian Lafrenière, « il s’est identifié comme policier et il a sorti son arme ».

L’événement s’est produit en fin de soirée vendredi, dans une petite rue du quartier gai, après que les policiers eurent donné un avis de dispersion.

« On marchait en petits groupes sur le trottoir », a rapporté Émile Goulet, un étudiant qui participait à la manifestation organisée par des étudiants du Cégep du Vieux-Montréal. « Mon ami m’a dit qu’une manifestante s’était fait tabasser et qu’une autre personne s’était fait voler par des gens en cagoule. Alors, on est allés vers eux [les personnes qui portaient des cagoules] et on a crié : pourquoi vous avez fait ça ? »

Quelques instants plus tard, un agent sortait son arme au visage d’Émile Goulet et des gens qui l’entouraient.

Selon Ian Lafrenière, le ou les policiers qui étaient sur les lieux ont été encerclés par les manifestants. « Ils ont crié : police ! Reculez ! », a-t-il rapporté. « Ça n’a pas fonctionné, alors l’agent a sorti son arme à feu et, à ce moment-là, les gens sont partis. »

Sur ce dernier point, le policier et le manifestant s’entendent. « Quand il a sorti son arme, je suis parti en courant », a confié Émile Goulet.

À propos des circonstances qui ont amené le policier à sortir son arme, les deux hommes ont cependant des visions différentes.

Si le policier en civil a dégainé son arme, c’est parce qu’il craignait pour sa vie, a assuré le commandant Lafrenière, qui n’était pas en mesure de confirmer le nombre de policiers qui se trouvaient sur la scène. « Est-ce qu’ils ont utilisé une arme intermédiaire avant ? Je ne sais pas. Il y a peut-être eu du poivre de Cayenne, mais ce n’est pas confirmé », a-t-il dit.

Émile Goulet n’a pas le souvenir du poivre de Cayenne. Pas plus qu’il ne se rappelle avoir entendu le policier se présenter comme policier. « On lui demandait : vous êtes qui ? Vous travaillez pour qui ? Vous avez attaqué quelqu’un », a-t-il rapporté, en précisant que ses demandes n’avaient pas trouvé de réponse.

Le policier a-t-il pu se sentir menacé ? L’étudiant l’ignore. « Nous étions 12, peut-être 15. Il y avait trois policiers en face de nous. On arrivait de face », a-t-il déclaré.

Policiers cagoulés ?

Selon le jeune manifestant, trois policiers en civil se trouvaient donc dans la petite rue du quartier gai quand l’un d’eux a sorti son arme. Toujours selon l’étudiant, les policiers étaient tous cagoulés.

Au SPVM, on n’a pas été en mesure de confirmer cette information. « D’habitude, quand on envoie des policiers en civil, on veut qu’ils se fondent dans la masse », a commencé le commandant Lafrenière. « Mais de là à se déguiser ? Je ne peux pas confirmer ce qu’ils portaient. »

Une autre étudiante présente à la manifestation, Katie Nelson, a rapporté au cours de la fin de semaine avoir été poussée violemment vers la fin de la manifestation. Elle a passé la nuit de vendredi à samedi à l’hôpital Saint-Luc, d’où elle est sortie avec des blessures au bras et au genou.

L’étudiante de Concordia, qui poursuit déjà le SPVM pour profilage politique, soutient qu’un agent portant une cagoule l’a projetée au sol. Encore ici, le SPVM ne semble pas arriver aux mêmes conclusions. « Le policier qui l’aurait poussée n’a pas été rencontré. On n’arrive pas au même résultat que la manifestante », a déclaré Ian Lafrenière, qui n’a pas été avisé du dépôt d’une plainte concernant les événements rapportés par Katie Nelson. Le SPVM s’affaire encore à analyser les images diffusées sur les réseaux sociaux afin de comprendre ce qui a pu se passer, a ajouté le porte-parole.

Une pratique qui devrait durer

Si le port de cagoules par les agents en civil reste à confirmer, l’utilisation de policiers qui intègrent la foule n’est quant à elle pas remise en question, a confirmé le SPVM. Ces agents servent à repérer les manifestants qui commettent des gestes criminels, a expliqué le commandant Lafrenière. « Ils ne commettent aucun acte criminel et n’en encouragent pas non plus », a-t-il affirmé. La stratégie, a-t-il ajouté, consiste plutôt à repérer les personnes qui commettent des gestes criminels pour intervenir sur eux, et seulement eux, dans l’espoir d’éviter les arrestations de masse. « On a fait huit arrestations vendredi. On n’a pas arrêté des centaines de personnes, malgré le niveau de tension, qui était très élevé », a rappelé le policier.

Serge Ménard, ex-commissaire de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012, connaît bien cette stratégie, qui sert selon lui à repérer les « casseurs professionnels », comme il les appelle. « C’est le droit le plus strict des policiers de les suivre et de s’assurer qu’ils ne posent pas de gestes criminels. »

L’utilisation d’une arme par un policier en civil doit rester exceptionnelle, a aussi affirmé Serge Ménard. « Ça doit se faire dans les mêmes conditions où un policier en uniforme sortirait son arme, c’est-à-dire pour assurer sa propre défense ou celle d’une autre personne », a-t-il insisté.

Ni le ministre de la Sécurité publique, Pierre Moreau, ni le maire de Montréal, Denis Coderre, n’ont souhaité faire de commentaires.

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