Un examen de conscience s’impose au SPVM

L’acquittement du policier Mario Lambert en Cour d’appel force le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à un sérieux examen de conscience.

Après les affaires Davidson, Roberge et Paul, je pensais que le SPVM avait atteint le fond du baril. Eh bien non.
Politique

Lambert était un policier respecté dont la carrière a basculé, le jour où il s’est intéressé aux activités d’un réseau de vol de voitures de luxe et de trafic de drogue qui aurait été lié au Hezbollah libanais. Un enquêteur-vedette du SPVM, Philippe Paul, avait des informateurs au sein de ce réseau.

Pour des raisons inexpliquées, Paul et ses informateurs ont dénoncé Mario Lambert, en le faisant passer pour un ripoux qui refilait des informations sensibles au crime organisé.

Le Service des affaires interne a piégé Lambert à l’aide d’informateurs qui agissaient en service commandé. Ils ont demandé à Lambert de vérifier des numéros de plaques d’immatriculation bidon, mises dans le système informatique par les enquêteurs pour le coincer.

Quand l’enquêteur a vérifié ces numéros, il était cuit. En septembre 2009, il était accusé de trois infractions pour avoir obtenu frauduleusement des données issues d’un ordinateur de police.

En mai 2012, il était reconnu coupable par le juge Jean-Pierre Dumais, à la suite d’un procès qui s’est déroulé en grande partie à huis clos pour protéger l’identité des informateurs de police.

Cette semaine, la Cour d’appel a acquitté Mario Lambert, qui est maintenant prêt à poursuivre le SPVM pour sa négligence et son enquête bâclée.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a reconnu que le juge de première instance avait commis des erreurs. Il a écarté le témoignage de Lambert en se fiant «sur des preuves qui ne le permettaient pas». Des éléments de preuve n’étaient «pas fiables», et des témoins importants ont été mis de côté.

La belle affaire. Lors du procès, un policier a indiqué qu’il avait produit un rapport qui disculpait Mario Lambert. Le patron des affaires internes, Costa Labos, et l’enquêteur Jean-Yves Lazure ne voulaient rien entendre.

Les affaires internes avaient leur coupable, et ils n’ont pas cherché à valider le sérieux des dénonciations de Paul et de ses informateurs. Grave erreur.

En avril dernier, Philippe Paul a pris sa retraite lorsque les médias ont révélé qu’il faisait l’objet d’une enquête criminelle, en raison de sa proximité alléguée avec des membres du crime organisé… parmi lesquels figuraient des membres du réseau libanais.

Selon les explications du SPVM, Phillippe Paul est sous enquête depuis la fin de 2009. Aucune accusation n’a été portée contre lui. Son dossier traîne depuis trop longtemps.

Philippe Paul a-t-il tendu un piège à Mario Lambert ? Le principal intéressé et son avocate, Nellie Benoit, en sont persuadés.

L’enquêteur Benoit Roberge était dans la petite poche des Hells Angels, ce qui lui a valu des accusations et une peine de huit ans de pénitencier. Le spécialiste du renseignement criminel Ian Davidson a voulu vendre la liste des informateurs du SPVM à la mafia, avant de se suicider. Et les nuages noirs s’accumulent au-dessus de Philippe Paul.

Encore vendredi, La Presse révélait que les accusations de possession d’armes portées contre le mafieux Tony Mucci, en 2010, pourraient être retirées. L’enquêteur qui avait bouclé le dossier de Mucci était nul autre que Philippe Paul. Tous les dossiers traités par l’enquêteur déchu sont toxiques. Combien de procès seront compromis en raison de ses gestes ? Nul ne le sait.

Le mystère plane sur les lacunes dans l’encadrement des enquêteurs du SPVM et sur l’étendue des problèmes de corruption. Des cas isolés, nous dit-on.

Trois cas problématiques sur quelque 4 600 policiers, c’est peu. La réponse du SPVM est trop molle.

L’affaire Lambert mérite des suites. Des enquêteurs des affaires internes et leurs patrons doivent répondre de leurs actes. Le SPVM ne peut continuer ses activités comme si de rien n’était.

L’acquittement de Mario Lambert par la Cour d’appel est un signal d’alarme strident. Sera-t-il entendu ?

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